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"APPEL A CELLES ET CEUX QUI N'ACCEPTENT PLUS L’IMPUNITÉ DES RACISTES ET DES ANTISÉMITES
"Le racisme n'est pas une opinion, c'est un délit".
Voilà pour la théorie. En pratique c'est un peu plus compliqué.
Coluche avait l'habitude de dire "tous les hommes sont égaux mais il y en a qui sont plus égaux que les autres". Et bien pour les délits c'est la même chose. Tous les délits sont des délits mais il y en a qui sont plus délits que les autres. Ou plutôt moins… C'est le cas des délits racistes, antisémites et homophobes. Pourquoi ? Parce qu'en 1972, quand la loi a été votée, le législateur a décidé d'intégrer ces délits dans la loi sur la presse du 29 juillet 1881. Vous avez bien lu, il s'agit bien d'une loi de 1881. Il s'agissait alors de protéger la liberté de la presse. C'est pourquoi cette loi prévoit toutes sortes de dérogations au droit commun, notamment en matière de procédure, de compétence et de prescription. L'idée d'inscrire les délits racistes dans cette lignée était compréhensible en 1972. De fait, la plus grande partie des délits racistes alors poursuivis concernaient la presse.
Je ne sais pas si tout le monde s'en est rendu compte, parfois j'en doute, mais les choses ont quelque peu changé depuis. Nous avons désormais affaire à des racistes, antisémites, homophobes professionnels, qui sont journalistes comme je suis moine trappiste. Ils bénéficient cependant de la mansuétude de la loi sur la presse et de la jurisprudence y afférent, par le seul fait que les délits qu'ils ont commis sont punis et réprimés par une loi intégrée dans la loi sur la presse. C'est ce qui explique que les Faurisson, Dieudonné et Soral, pour ne citer qu'eux, n'ont pas fait un jour de prison malgré un casier judiciaire long comme le bras. En d'autres matières, il y a belle lurette que la justice y aurait mis le holà. Les magistrats ont en général horreur qu'on les prenne pour des c…
Sauf en matière de presse. Les délits de presse sont aux délits ce que le canada dry est à l'alcool. Ça ressemble à un délit, ça a l'odeur du délit, ça fait mal comme un délit, mais ce n'est pas un délit. Ou alors un délit à part, un petit délit, un délit moins grave, un délit d'opinion. Un délit d'opinion ! Appeler à la haine contre les roms, traiter un noir de singe et lui jeter des bananes, injurier les arabes ou vouloir envoyer les juifs au four, ce n'est pas un délit de droit commun, c'est un délit d'opinion !
Cela fait des années, qu'avec quelques autres, hélas peu nombreux, je me bats contre cette aberration, qui confine à l'impunité des racistes, antisémites et homophobes de tout poil. La solution pour y remédier serait pourtant simple : sortir les délits racistes de la loi sur la presse et les intégrer dans le code pénal, comme on l'a fait en 2015 pour le délit d'apologie du terrorisme. Toutes sortes de lobbies s'y opposent et les politiques n'osent pas franchir le pas. Un événement récent vient pourtant d'en démontrer le bien-fondé, sinon le caractère indispensable, mieux que je peux le faire moi-même.